Gestion de conflit : l’importance stratégique du Midi-Deux

Gestion de conflit : l’importance stratégique du Midi-Deux

Le principe de Pareto [1] l’affirme : 80% des problèmes rencontrés sont provoqués par 20% des causes.  Pour l’entreprise, les difficultés d’ordre humain sont les premières à entraver son développement. Une mauvaise ambiance de travail, des relations conflictuelles, un manque de cohésion réduisent l’implication, augmentent le taux d’absentéisme et nuisent cruellement à la performance de l’entreprise.

Pourtant, la pause du midi-deux recèle d’un trésor de solutions à moindre coût pour fluidifier les relations professionnelles. Elles vont réduire ces difficultés et avoir un impact positif sur le degré de performance de l’entreprise. Encore faut-il que cette pause existe, et qu’elle soit une vraie coupure, éloignée des problématiques du travail.

Si l’ambiance au travail est polluée par des relations tendues voire de conflits, commencez par prendre soin de la pause 12 – 14 car elle a quatre avantages.

Avantage n°1 : la pause 12-14 développe le sentiment d’appartenance à une communauté.

equipeLe monde a changé, il suffit d’ouvrir les yeux pour le constater. Les réseaux sociaux, internet, la messagerie électronique, ont bouleversé nos modes de communication et réduit la part de relation humaine directe. Donner une information n’exige plus de  se lever de sa chaise et de traverser l’open-space… Un mail est beaucoup plus rapide. Pourtant, Robin Dunbar, professeur de psychologie à l’université de Liverpool l’affirme :

« L’absence de contact social, l’absence de sentiment d’appartenance [à une communauté] seront peut-être les problèmes sociaux les plus écrasants du nouveau millénaire ».

Et c’est déjà le cas ! Ainsi, faire remonter la part d’interaction humaine directe est essentiel. Pour cela , l’entreprise doit proposer à ses salariés des activités entre midi et deux, déconnectées du domaine professionnel, les mettant en contact direct les uns avez les autres. De plus, ce type d’initiatives donne à l’entreprise une envergure plus large que celle d’un simple lieu de travail: celle d’une communauté. Elle deviendra un lieu où tous pourront exprimer leurs multiples facettes et talents. Ainsi reconnu et respecté, chacun sera plus enclin à en faire partie.

Avantage n°2 : la pause 12-14 révèle de nouveaux points communs et fait tomber les préjugés

exclusionSi ma seule identité est celle de ma fonction, alors je ne suis membre que d’une communauté, celle de mon service. C’est ainsi qu’on voit les comptables se reclure dans leur service de comptabilité, les opérateurs se reclure dans leur atelier, les commerciaux dans le service commercial, les acheteurs dans le service achats etc…
Les problématiques de chacun s’éloignent, on ne voit les situations que par le bout de sa lorgnette sans concevoir le point de vue des autres. On se réconforte en justifiant son animosité par des préjugés : les comptables sont psycho-rigides, les commerciaux des escrocs, les opérateurs de production des  bourrus …. Aucune raison de revenir les uns vers les autres.

Déculpabilisez vous, c’est votre amygdale (cerveau primitif) qui s’en donne à cœur joie. Elle est très douée pour construire des préjugés et développer notre agressivité. [2]  Il faut dire qu’à la préhistoire, elle nous a été très utile. Lorsque les membres d’autres tribus représentaient une menace pour notre communauté, elle jouait pour notre survie.
C’est pour cela, qu’instinctivement, nous avons tendance à nous replier sur ceux qui nous ressemblent et rejeter ceux qui sont différents de nous, ceux d’un autre groupe ( ethnique, supporters d’équipes de foot, nationalités, service ….)
Mais les bienfaits de l’évolution font que cet instinct grégaire peut-être compensé par la bonne couche de néocortex qui la recouvre. On peut faire appel à un raisonnement plus élaboré pour révéler des liens et tempérer les titillages de notre amygdale.

« Il convient de développer une conscience accrue des moyens de se relier aux autres, de réfléchir aux traits communs que nous partageons avec eux. Et enfin il faut traduire cette conscience en action. » Dalaï-Lama [3]

challenge
Il faut donc créer de nouveaux ponts pour révéler des dénominateurs communs et faire émerger de nouvelles communautés.

Pour cela, organisez des challenges sportifs, des parties de jeux de société, des matchs de foot, des ateliers de théâtre, et vous verrez de nouvelles communautés émerger : runners, footeux, yoguistes, scrabbleurs,  théâtreux…

Il est important que des activités multiples et variées soient proposées régulièrement sinon chacun va se reclure à nouveau dans sa nouvelle communauté  et c’est reparti pour les préjugés : les runners sont des narcissiques, les scrabblers des intellos, les yoguistes des allumés, les footeux des débiles et les théâtreux des mégalos !
Il faut pouvoir être footeux et essayer le yoga, scrabbleur et se mettre au running, yoguiste et faire du théâtre …
Les uns les autres vont se connaître sous un jour nouveau, envisager d’autres liens de confiance et partager leurs points de vue sans affrontement. Les rapports professionnels vont gagner en fluidité.

Avantage n°3 : la pause 12-14 développe l’agilité

saut-erreur
En diversifiant les activités et les modes de relations, les collaborateurs développent une mémoire transactive : une forme de mémoire collective où les souvenirs sont répartis entre des personnes ayant partagé une même expérience. L’exemple typique est celui des couples jouant régulièrement au Trivial Pursuit. Chacun sait sur quel domaine son conjoint est plus compétent que lui et lui laisse le lead [4]. Développer cette mémoire transactive est un atout essentiel dans la gestion d’une situation imprévue voire d’une crise. Chacun a conscience des atouts des autres, y compris extérieurs aux domaines professionnels. Elle permet donc davantage de réactivité et de fluidité dans les situations d’urgence. Chacun sait qui est compétent pour parer à tel imprévu, et le lead tourne dans l’équipe avec fluidité .

 

Avantage n°4 : la pause 12-14 favorise l’équilibre des salariés

Ce temps de rupture est essentiel pour prendre du recul, surtout quand le stress monte. En s’accordant une vraie rupture chaque jour, on évite à l’organisme d’entrer en surchauffe et on diminue à la longue les risques de Burn-out. Après une vraie pause, les problèmes ont diminué de taille, les tensions s’apaisent, on hiérarchise mieux les priorités.
Les pauses midi-deux qui deviennent des pauses 12h30 – 12h35 pour cause de « Non je peux pas là, tu te rends pas compte, j’ai du boulot ! » sont dangereuses pour l’équilibre psychologique et n’augmentent en rien la rentabilité ou l’efficacité du salarié.

En organisant des activités attrayantes entre midi et deux, les salariés seront encouragés à faire une vraie pause. L’entreprise y gagnera en rentabilité, en fluidité, en implication et en stabilité.

[1] Principe de Pareto ou Principe du 80/20 , modèle en probabiliste constaté dans certains domaines : 80% d’effets sont produits par 20% des causes.
[2]Negative stereotype activation alters interaction between neural correlates of arousal, inhibition
and cognitive control . Chad E. Forbes,1 Christine L. Cox,1 Toni Schmader,2 and Lee Ryan1
[3]L’art du bonheur dans un monde incertain. Sa sainteté le Dalaï-Lama et Howard Cutler
[4] Dossier « Les clés de l’intelligence collective » – Cerveau et Psycho n°78 Juin 2016 – p 40 – 41